1. Les valeurs

Les valeurs que les membres du Bizi Toki avons en commun :

 

 

 

● Vivre en langue basque

 

Vivre en langue basque au Bizi Toki suppose que la communication orale et écrite s’y réalise en langue basque. Cependant, au Bizi Toki, on désire pouvoir intégrer des personnes non bascophones qui apprennent la langue basque.

 

Pour cela, voici ce que nous réalisons :

 

- Les bascophones : dès la venue de non-bascophones, nous les aidons activement à apprendre la langue basque en nous adressant à eux généralement en langue basque, à l’oral et à l’écrit, tout en traduisant et en donnant des explications. Tous les matins, certains d’entre nous prennent en charge les enfants des adultes voulant se concentrer dans l’apprentissage de l’euskara ; d’autres sont disponibles pour aider ces adultes dans leur apprentissage.

 

- Les non bascophones : s’engager dans le projet Bizi Toki implique une adhésion de tous (adultes et enfants) à ses objectifs, notamment linguistiques. Dès notre arrivée au Bizi Toki nous démarrons ainsi activement l’apprentissage de la langue basque en l’écoutant, en posant des questions, en essayant de construire des phrases à l’oral et à l’écrit, mais aussi en l'étudiant individuellement. Lorsque nous nous adressons à des adultes ou des enfants, nous mettons en pratique ce que nous avons déjà appris. Pour animer une activité, nous sommes accompagnés par un adulte bascophone pour les traductions ; l’activité devient ainsi également une occasion supplémentaire d’apprentissage de la langue basque. L’usage des autres langues se limite généralement aux moments organisés pour leur apprentissage ou aux situations où la compréhension n’est pas complètement possible en langue basque.

 

Conscients de l’impacte linguistique qu’une seule personne non-bascophone peut avoir sur l’ensemble d’un groupe bascophone, il en va de notre responsabilité de tout mettre en œuvre afin que nous-mêmes et nos enfants maîtrisions la langue basque orale et écrite dans les meilleurs délais. Si notre enfant est déjà entré dans le langage mais uniquement dans une autre langue que la langue basque, il peut s'avérer nécessaire de limiter, jusqu’à ce qu’il soit capable de suivre une conversation en langue basque, sa présence aux moments prévus pour les enfants non bascophones apprenant la langue basque. Nous souhaitons ainsi éviter que des personnes soient contraintes de changer leur langue habituelle au Bizi Toki (la langue basque).

 

 

Les matins, des adultes et des enfants se retrouvent souvent dans la même pièce. Certains enfants et adultes apprennent la langue basque, d’autres les aident, d’autres adultes et enfants réalisent d’autres activités et s’entraident.

 

Le fait qu’un enfant non bascophone constate que sa mère et/ou son père, ainsi que d’autres personnes, apprennent la langue basque, donne du sens au fait qu’il soit plongé au Bizi Toki dans un environnement bascophone, et renforce ainsi son désir d’apprendre la langue basque.

 

 

 

● Vivre l'entraide et l'amitié

 

Nous voulons vivre des relations profondes et durables entre les personnes, basées sur les valeurs suivantes: sincérité, respect, entraide, prévention et résolution des conflits par la communication non-violente.

 

Nous voulons vivre entre les personnes une connaissance réciproque profonde, la compréhension mutuelle, la confiance et l'amitié, qui peuvent naître du temps passé ensemble.

 

 

 

● Vivre le collectif

 

L'individualisme, à savoir la tendance à ne vivre que pour soi-même, caractérise le mode de vie capitaliste. Au Bizi Toki, nous construisons et vivons un mode de vie collectif. Par exemple, la propriété des biens du Bizi Toki est collective et suivant l'adage « De chacun selon ses possibilités, à chacun selon ses besoins » les biens produits collectivement (par exemple la nourriture) sont partagés entre les membres du collectif.

 

 

 

● Vivre la souveraineté

 

Les membres du Bizi Toki nous voulons vivre individuellement et collectivement la souveraineté et l'autonomie politiques, c'est-à-dire que nous voulons prendre nous-mêmes les décisions qui nous concernent, nous voulons nous administrer (gouverner) nous-mêmes et nous voulons fixer nous-mêmes les règles et les lois que nous appliquons. Nous vivons déjà partiellement la souveraineté et l'autonomie et nous impulsons des relations avec les collectifs qui vont dans cette direction.

 

 

 

● Vivre une société non capitaliste

 

1. Le travail, du point de vue capitaliste, est une activité qui créée de la valeur. La valeur de chaque marchandise, c'est le temps de travail (la quantité) qui a été nécessaire à la production de cette marchandise. L'argent exprime la valeur.

 

2. Le travail est le fondement de la société capitaliste, c'est-à-dire que c'est autour de lui que s'institue l'ensemble des autres dimensions de la vie. Autrement dit, dans la forme de vie sociale capitaliste, l'économie domine l'ensemble des autres dimensions de la vie. La production (ou le travail, ou l’économie), comme sphère détachée et distincte du reste de la vie, est historiquement liée à l’émergence du capitalisme et est l’essence des rapports sociaux de la société capitaliste-marchande. Auparavant elle ne faisait qu'un avec la vie caractérisée par des rapports sociaux non capitalistes. Les différentes activités de la vie étaient intrinsèquement liées, inséparables.

 

3. « Par exemple, tuer et saler un cochon à l’aide des voisins, selon les coutumes et des règles de réciprocité qui signifiaient bien plus qu’une simple collaboration technique, était-ce produire au même titre qu’une usine de charcuterie ? » demandait Ingmar Granstedt.

 

4. Si nous devons évidemment tenir compte des besoins et assurer une production pour les satisfaire, nous ne souhaitons faire de cette production ni le point de départ ni la base de la vie sociale. De plus il s’agit pour nous de relier cette production au reste de la vie. Ainsi pour nous par exemple, cultiver ne se réduit pas à la production d’aliments, c'est aussi le plaisir d’être à l’extérieur, au soleil, de réaliser une activité collective, d’observer les végétaux et les animaux, de s'approprier et de transmettre des savoirs, ça peut être le prélude à un banquet et une veillée collective de chants et de danses, l’occasion d’une rencontre amoureuse, ça peut être encore bien d’autres choses à inventer, par exemple le moment d’une relation spécifique aux êtres cultivés…

 

5. Nous transformons donc nos rapports sociaux, nos comportements, qui doivent tendre à ne plus être des relations, des comportements économiques. Nous voulons sortir de l’économie, c’est-à-dire de la valeur, de la production, du travail, de l’argent, du salaire, de la marchandise, du marché, de la concurrence, de l’échange, du troc… La sortie de l’économie c’est ainsi ce mouvement de transformation des rapports sociaux économiques en rapports sociaux non-économiques.

 

6. Il s’agit donc d’une auto-transformation collective de notre socialisation.

 

7. Nous souhaitons avoir et développer des relations sociales et culturelles avec les individus et les collectifs qui avancent dans la même direction que nous. Nous voulons réaliser des dons réciproques de biens, banquets, fêtes... Ces dons ont pour objectif des relations sociales. Dans le marché c'est l'inverse qui se passe: les rapports sociaux sont des moyens pour les échanges de marchandises.

 

 

 

● Vivre l'autosuffisance économique

 

Les problèmes de société sont notamment liés à l'échelle à laquelle les activités sont organisées. Il faut donc changer d'échelle et développer localement l'autosuffisance et l'autonomie. Pour cela nous avançons vers un mode de vie économiquement autonome en acquérant individuellement et collectivement des compétences et des moyens matériels permettant de satisfaire nous-mêmes nos propres besoins élémentaires quotidiens (par exemple par la production autonome d’aliments, d’outils simples et d’énergie ; par la construction de bâtiments, d’ateliers de fabrication et de réparation…).

 

 

 

● Vivre en donnant réciproquement

 

Afin de satisfaire les besoins que nous ne satisfaisons pas par l’auto-production, nous les exprimons et nous souhaitons les satisfaire par les dons que nous font nos amis. Réciproquement, nous voulons faire des dons aux amis qui nous expriment leurs besoins. Nous ne cherchons pas l’équivalence de ces biens transférés. Par le don nous voulons exprimer la générosité, et celle-ci souhaite provoquer la générosité. Par le don nous voulons exprimer notre préoccupation pour autrui.

 

Avancer vers l’autosuffisance et développer le don nous libèrent de plus en plus de la nécessité de vendre notre force de travail pour vivre.

 

 

 

● Vivre en équilibre avec la nature

 

Nous vivons au contact de la nature tout en la respectant.

 

Nous transformons certaines de nos pratiques quotidiennes afin d’avancer le plus vite possible vers une vie compatible avec l’équilibre écologique de la planète.

 

Nous réfléchissons sur l'origine, le processus d'élaboration et le devenir de l'énergie, des matériaux et des instruments que nous utilisons.

 

 

● Vivre l'alternative à lécole

 

Les parents du Bizi Toki nous ne scolarisons pas nos enfants, ni dans une école conventionnelle, c'est-à-dire les écoles publiques ou privées qui suivent les programmes fixés par l'administration, ni dans une école alternative ; nous prenons en charge nous-mêmes leur éducation, sans la déléguer aux enseignants, sans laisser l'éducation entre les mains de l'école, institution qui tâche de transmettre d'une personne à une autre des savoirs sortis de leur contexte. Nous mettons donc en pratique une alternative à l’école.

 

Quelles valeurs et connaissances souhaitons-nous transmettre aux enfants par l'éducation?

Pour pouvoir transmettre quelque chose aux enfants, autrement-dit pour que les enfants fassent vraiment leur ce que nous souhaitons leur faire parvenir, la chose à transmettre doit être remplie de sens. Ce qui donne essentiellement du sens aux valeurs et aux savoirs, c'est qu'ils soient quotidiennement vécus par les proches des enfants (parents, amis des parents...). Pour cela, dans cet espace collectif intergénérationnel qu'est le Bizi Toki, nous vivons les valeurs et les savoirs qui ont pour nous une grande importance. Ainsi, le processus d'apprentissage des enfants est profondément enraciné dans le quotidien de leurs proches, est lié à leur vie sociale; les enfants sont en relation avec les adultes dans de nombreux contextes qui permettent des apprentissages: à la maison, dans les champs, la rue, les ateliers...

 

Dans ce lieu collectif nous mettons en pratique la démocratie directe. Ce système politique a notamment pour les enfants une fonction éducative et socialisante. En participant aux assemblées, les enfants reçoivent entre autres des informations, des conseils, des savoirs... et pratiquent la démocratie directe.

L'éducation des enfants est donc constituée par les diverses pratiques sociales de leur environnement. Par exemple, une autre valeur importante pour nous étant l'autosuffisance économique, nous donnons aux enfants la possibilité de participer aux travaux coopératifs en aidant les adultes avec des travaux adaptés à leur âge. Dans l'espace collectif nous vivons l'entraide, le don réciproque, le fait d'être attentif aux besoins des autres... et en les vivant nous les transmettons. Pour les enfants, chaque événement social est une occasion pour apprendre de l'expérience des adultes; par exemple les fêtes font partie intégrante du processus éducatif.

La peinture, la cuisine, la lecture, l'écriture, les mathématiques, le jardinage, le bricolage, le chant, les vers chantés improvisés, la danse, les rites, les mythes, les légendes, les contes... sont des pratiques sociales quotidiennes de l'environnement des enfants, nous les apprenons et les vivons, et en conséquence, s'ils le veulent, les enfants aussi les apprennent et les vivent. Apprendre en vivant. Ainsi la vie et l'apprentissage ne font qu'un.

Pour les enfants du Bizi Toki, l'éducation n'est donc pas une activité à part, séparée, institutionnalisée.

 

Bien que ce soient les parents qui doivent mettre le plus d'attention aux besoins des enfants, le plus intéressant serait que l'éducation des enfants soit réalisée par l'ensemble des habitants d'un quartier, d'un village: la famille (parents, grands parents, tentes et oncles, soeurs et frères...), les voisins et les autres membres de la communauté, les enfants, les adultes et les anciens. Le processus d'apprentissage ne s'arrêtant jamais jusqu'à la fin de la vie, les anciens sont ceux qui ont le plus bu à la source du savoir; c'est pour cela qu'ils sont particulièrement savants et qu'ils ont de nombreuses choses à transmettre aux plus jeunes.

 

Toutes les personnes peuvent donc être éducatrices. A notre avis, il n'y a pas besoin de personnage nommé enseignant, c'est-à-dire de personne spécialisée dans la diffusion du savoir, ni d'enfant nommé élève. Nous pensons qu'il est très bénéfique de ne pas faire de l'éducation une activité cantonnée dans un espace séparé, de ne pas faire de classes, de ne pas contraindre les enfants à rester entre les murs de l'école; oui cependant, de donner aux enfants, dès leur naissance, la possibilité d'être constamment immergés dans les relations entre les membres d'une communauté villageoise. Il est ainsi à notre avis nécessaire de passer d'une éducation scolaire, institutionnalisée, à une éducation communautaire, villageoise, c'est-à-dire d'éduquer les enfants au sein d'une communauté villageoise.

 

Porter sur soi le bébé au contact du corps durant plusieurs mois est la meilleur situation que la mère d'abord mais aussi le père et d'autres adultes, puissions offrir au nouveau-né, de la même manière que cela se faisait partout dans le monde jusqu'à hier, et est encore aujourd'hui réalisé par de nombreuses personnes notamment dans les pays dits pauvres. L'adulte qui porte le bébé est immergé avec d'autres personnes dans des activités d'adultes, et pendant toute cette période, l'occupation principale du bébé consiste à être spectateur, témoin des comportements, des rencontres et de l'environnement de la personne qui le porte; le bébé centre son attention sur un adulte lui-même centré sur ses activités d'adulte, et il apprend à quoi ressemble la vie.

 

Au bout de quelques mois, le bébé commence à reproduire à sa façon les actions qu'il observe. Le jeu d'imitation est né; c'est l'instrument de base pour l'apprentissage, l'instrument essentiel, fondamental. Dans ces jeux, l'enfant répète constamment les choses, qui ainsi se précisent et se fixent.

Pas à pas, les enfants passent de l'observation à la participation. Leur impulsion à vouloir imiter les enfants plus âgés et les adultes se manifeste inévitablement.

Les enfants veulent partager les activités et les intérêts de leur entourage, car ils ont besoin d'être membre du groupe constitué par les enfants plus âgés et les adultes. Lorsque ces activités caractérisent le groupe, lorsqu'elles ont donc une grande valeur sociale, elles deviennent attractives pour les enfants.

Les enfants ont un instinct d'exploration, un désir passionné de comprendre tout ce qu’ils peuvent du monde, et d’y accomplir les choses que font les grandes personnes.

Il faut donc donner aux enfants la possibilité de participer à leur niveau aux activités réalisées par les enfants plus âgés et les adultes.

Ces activités sont toutes des portes d’entrées vers des apprentissages, et ces derniers sont pérennes et bien assimilés.

Apprendre c’est, à chaque instant, devant une situation inédite, avec la mémoire de son expérience antérieure, s’ajuster au mieux à cet instant, pour sa survie d’abord, pour son plaisir et son confort ensuite : parler la langue de ceux qui m’entourent, compter, lire, écrire, saluer, utiliser les codes corporels… Et pour cela il me faut surtout la nécessité et le besoin intimes de tel savoir et savoir être.

 

Un adulte est par exemple en train de construire un abris. A notre avis il ne doit pas, à l’enfant qui souhaite aussi en construire un (une cabane), enseigner de manière académique comment le faire. Il lui suffit de lui donner du bois et des outils, de lui montrer ce qu’il fait, tous les gestes, toutes les étapes, il lui suffit de l’accompagner pas à pas, sur le chemin de l’apprentissage, de plain-pied avec la vie, sans le précéder, sans l’assommer d’une méthodologie préconçue, sans le distraire de son cheminement.

 

Pour apprendre à maîtriser la complexité, souvent il vaut mieux s'immerger dans la complexité, plutôt que de procéder par étapes en allant du simple au compliqué.

Il est toujours mieux pour un enfant, dans le domaine intellectuel, de réussir à comprendre quelque chose par lui-même plutôt que de recevoir une explication, notamment parce que l’on se souvient mieux de ce qu’on arrive à comprendre tout seul et parce que c’est comme cela que l’on prend confiance dans sa capacité à comprendre les choses tout seul.

Le jugement ou la tentative d’aide, pleins de bonnes intentions mais non demandés par l’enfant, vont le faire douter de ses capacités à gérer son apprentissage.

 

Les enfants apprennent bien plus à partir des choses, naturelles ou fabriquées, qui sont réelles et signifiantes par elles-mêmes et non pas fabriquées pour aider les enfants à apprendre ; en d’autres termes, ils sont plus intéressés par les objets et les outils que nous utilisons dans notre vie quotidienne que par la plupart du matériel éducatif spécialisé fabriqué à leur intention.

 

L’apprentissage n’est pas le produit de l’enseignement reçu. L’enseignement reçu ne fait pas l’apprentissage. Les apprenants font l’apprentissage, créent l’apprentissage, créent de la connaissance à partir de l’expérience.

Que fait-on quand on est en train d’apprendre, quand on crée de l’apprentissage ? On observe, regarde, écoute, touche, goûte, sent, manipule, mesure, calcule... Et on s’interroge, on se dit : « Pourquoi cela ? » ou « Pourquoi est-ce comme ça ? » ou « Est-ce que cette chose produit cet effet ? » ou « Qu’est-ce qui fait que cette chose arrive ? »… Et nous inventons des théories, des hypothèses, nous nous disons « Peut-être est-ce dû à ceci ? » ou « Peut-être que si je fais ceci, cela va se produire »… Et ensuite nous testons ces théories ou ces hypothèses en lisant, par une observation plus approfondie, en planifiant des expériences, en posant des questions à des personnes qui en savent plus que nous… Alors nous modifions nos théories si besoin, ou même nous les réfutons, et le processus continue.

Les enfants travaillent d’arrache-pied à ce processus à chaque instant de la journée. C’est ce que l’on appelle dans la vie adulte la Méthode Scientifique et c’est précisément celle-ci qu’utilisent tous les enfants dès leur naissance.

Normalement, les enfants ne sont pas conscients de ce processus, de cette méthode ; ils ne savent pas qu’ils observent, qu’ils font des théories, qu’ils les testent, qu’ils les révisent, et ils seraient surpris et déconcertés qu’on le leur dise. Apprendre n’est pas un acte volontaire pour les enfants, ils ne pensent pas « Maintenant je vais apprendre ceci ou cela ». Il se pourrait que l’une des plus grandes erreurs pédagogique que nous commettons avec les enfants est de les rendre conscients de leurs apprentissages. Ce sont les inquiétudes au sujet des apprentissages qui éteignent les apprentissages des enfants.

 

Lorsque c’est le bon moment, l’apprentissage est très rapide. Nul besoin d’établir des fourchettes d’âge : le bon moment c’est simplement lorsque l’enfant est très intéressé par un sujet. Cette rapidité est évidente en matière d’orthographe et de grammaire, lorsqu’on attend le moment où l’enfant est prêt. Telle enfant a travaillé à 11 ans les conjugaisons car elle est à cet âge devenue consciente de l’importance sociale de l’orthographe. Elle ne connaît pas le nom des temps, mais elle sait les orthographier, ce qui correspond à la compétence sociale dont a besoin un adulte. Le nom des temps simples faisant partie du vocabulaire commun, ils finiront par être acquis. Quand on demande à un enfant de huit ans de conjuguer un verbe au présent, le savoir testé correspond aux termes « conjuguer », « verbe » et « présent », et pas au savoir effectif : un enfant de huit ans sait parler et sait donc conjuguer de fait.

 

En apprentissage informel, certains apprentissages, par exemple celui de la lecture, se font parfois plus tard qu’avec une démarche plus scolaire, mais l’apprenant est alors beaucoup plus rapide.

 

Le texte « La grammaire en quatre pages » de Célestin Freinet, est en faveur de l’apprentissage en partie informel de la grammaire : « Je savais écrire d’une façon convenable ; je sentais bien que c’était l’essentiel, que tout le reste, que toutes les chinoiseries grammaticales étaient surtout inventions scolastiques et que si, moi qui avais eu jusqu’à 18 ans le crâne bourré par maîtres et manuels, pouvais sans grand dommage oublier les neuf dixièmes de la grammaire, c’est que celle-ci, telle qu’on me l’avait enseignée, n’était ni vitale, ni indispensable et que la voie suivie jusqu’à ce jour ne répondait pas aux besoins d’élèves qui, dans la vie, n’ont que faire de terminologie. C’est en écrivant et en lisant qu’on apprend à rédiger et à lire ».

 

En somme, le processus d'apprentissage d'un enfant est une acquisition spontanée, naturelle et informelle des valeurs, des savoirs et des pratiques du milieu ambiant.

L’apprentissage informel se fait sans démarche consciente ou explicite, par imprégnation, observation, imitation. Il prend place dans l’environnement riche et varié de l’enfant, celui des parents, de la société et du monde.

 

Si les proches d'un enfant pratiquent quotidiennement la lecture, l'écriture et les mathématiques, normalement cet enfant les apprend tout naturellement, sans avoir besoin d'enseignement. Nous avons tous, au sein de notre famille, appris notre langue maternelle spontanément, implicitement, à notre manière et à notre rythme, sans méthode ni pédagogie académiques, uniquement par écoute attentive, en imitant les personnes de notre entourage et en demandant de l'aide lorsque cela nous a été nécessaire. C'est comme cela que avons aussi appris à marcher. Ne pouvons nous donc pas apprendre comme cela dans tous les domaines?

 

Il va de soi que nous donnons aux enfants du Bizi Toki la possibilité d'apprendre toutes sortes de choses qui ne sont pas forcément pratiquées dans leur entourage proche mais qui les intéressent personnellement, et qu'ils ont la possibilité de connaître à l'extérieur de cet espace nombreux et divers autres lieux et personnes, sources d'autant de connaissances.

Par ailleurs, si à un moment donné un enfant souhaite se présenter à un concours, nous devons le préparer à cela. Nous sommes convaincus que tout adulte est capable d'aider collectivement un enfant ou un adolescent à atteindre cet objectif. Si un enfant veut réussir un examen, il le réussira, car il a la motivation. Il est évident aussi que le fait de ne pas avoir de diplômes n'est pas nécessairement un obstacle pour trouver un gagne pain.

 

Dans l'espace collectif où nous construisons une alternative à l'école, les lieux et les dispositifs de la transmission du savoir sont également les lieux et les dispositifs de leur production. Dans cet espace la culture se diffuse, mais également née. Le savoir y est horizontal, il émerge dans diverses occasions des différents points du réseau social, il ne peut pas être monopolisé. Chacun apprend des autres et enseigne aux autres ; les connaissances sont mises en commun ; tous participent au développement du savoir.

 

L'expérience du passage d'une école alternative à une alternative à l'école, réalisée par Rebeca et Mauricio Wilde en Equateur est à notre avis intéressante (on peut en voir une vidéo sur internet à l'adresse : http:/vimeo.com/4211517 ; http:/vimeo.com/4211978 ; http:/vimeo.com/4351996).

 

 

 

● Vivre la pensée critique

 

Notre pensée, en continuelle recherche, se nourrit de sources d’informations et de points de vue variés. Nos actions et expériences quotidiennes évoluent et se renouvellent.

 

 

 

● Vivre une vie passionnante

 

La vie que nous avons dans la société capitaliste ne nous satisfait pas. Nous ressentons tous les jours l'appauvrissement de cette vie. Bizi Toki est un projet global qui a pour but une vie passionnante, c'est-à-dire une vie riche dans chacun de ses moments. Bizi Toki a pour but la joie de vivre.