4. La vie en collectivité

Plan de cette partie:


4.1 Apprendre à communiquer sans violence

4.2 Exprimer ses sentiments et ses émotions

4.3 Le comportement

4.4 Les risques

4.5 La sexualité

 

4.1 Apprendre à communiquer sans violence

Pour la mise en pratique d'une communication basée sur la non-violence, nous nous inspirons notamment de la théorie et de l’expérience de Marshall Rosenberg. (En savoir plus).

 

4.2 Exprimer ses sentiments et ses émotions

Voici quelques idées fortes quant à l'expression des sentiments et des émotions des enfants:

 

● Il existe un lien direct entre les sentiments des enfants et leurs comportements.

 

● Quand un enfant est mécontent ou souffre, on peut l’aider à mettre des mots sur ce qu'il ressent en lui fournissant si besoin les mots nécessaires, afin qu'il puisse identifier et exprimer ses émotions s'il le souhaite. Cette identification et cette expression le réconfortent.

 

● Selon Aletha Solter, les émotions négatives refoulées, les détresses et les sentiments de malaise accumulés, entraînent des tensions corporelles chez l’enfant que les pleurs permettent de libérer.

 

● Lorsqu'on accueille les sentiments des enfants, ils sont plus en mesure d'accepter les limites qu'on leur fixe. On peut par exemple dire à un enfant: « Je vois que tu as du plaisir à dessiner sur ce mur, mais nous on préfère qu'il reste blanc; dessine-donc s'il te plaît sur cette feuille ».

 

● Il est important de faire comprendre à l'enfant que si tous les sentiments sont permis, tous les actes, en revanche, ne le sont pas. L'enfant peut par exemple exprimer sa colère envers un autre enfant mais ne peut le frapper.

 

● Il est souhaitable d’inciter l’enfant à exprimer en paroles ce qu'il veut et à aller jusqu’au bout de ce qu’il veut, à en prendre le risque. Ce qu'il veut n'est cependant pas toujours réalisable. Ce qui ne l'est pas aujourd’hui, le sera peut-être un jour.

Il est aussi souhaitable d’inciter l’enfant à exprimer en paroles ses fantasmes, afin d’éveiller son esprit à la différence entre ce qui est de l’ordre de l’imaginaire et ce qui est de l’ordre de la réalité.

Il est enfin souhaitable d’inciter l’enfant à exprimer en paroles ses pensées, désirs et intentions négatifs, car cela peut lui éviter le passage à des actes agressifs; de plus, il sera ainsi plus facile de le déculpabiliser de son imaginaire que de le déculpabiliser d’un acte qui a été nuisible.

 

4.3 Le comportement

Voici certaines idées sur le comportement des enfants qui nous semblent importantes:

 

● Pour éviter les conduites que nous désapprouvons, donner la priorité à la prévention.

 

● Ne pas forcer un enfant à faire siennes certaines valeurs pour lesquelles il n’est pas prêt. D'autres valeurs sont par contre posées par les adultes comme loi et elles sont écrites.

L’apprentissage est cependant un processus d’acquisition spontanée des valeurs du milieu ambiant.

 

● Etablir la majorité des règles de vie entre tous et développer l’autodiscipline. Ces règles ne sont pas immuables mais doivent être toujours discutées et acceptées par le groupe pour être appliquées ou modifiées. Cependant, certaines règles doivent être établies par l’assemblée des adultes et écrites dans un règlement intérieur. Ces règles doivent être affichées.

Ainsi, l'enfant est libre dans le cadre de certaines barrières qu'il a d'avance mesurées et pour la majorité d'entre elles acceptées.

 

● Chercher à améliorer une situation par la discussion collective lors des réunions hebdomadaires. La seule sanction à appliquer ordinairement est de réparer le mal (lorsque c’est possible), de refaire ce qui a été défait. Ces réparations doivent être décidées en groupe et acceptées par les enfants concernés.

Dans certains cas, quand par exemple quelqu'un a cassé quelque chose, on peut aussi simplement exprimer notre colère sans chercher à trouver le responsable, en espérant que cela suffira pour que ça ne se reproduise plus à l'avenir.

Dans tous les cas, tâcher de résoudre les conflits par la recherche commune de solutions gagnant-gagnant, c’est-à-dire répondant aux besoins de tous.

 

● Quand l'enfant fait un acte que nous désapprouvons, ne pas l’assimiler à son acte, car par exemple faire une chose méchante, ce n'est pas être méchant; s’efforcer de ne pas culpabiliser l'enfant.

La réparation de la faute doit être un secours que l'enfant qui l'a commise ressent comme tel. L'enfant qui commet une faute doit se sentir estimé. La réparation doit avoir pour objectif d'apporter avec elle le complet apaisement du sentiment de culpabilité, car il peut être source de dépression, de manque de confiance en soi et dans la vie. Pas de réparation de faute à retardement, à des échéances lointaines; elles entretiennent le sentiment de culpabilité au lieu de libérer la conscience.

Ainsi, la culpabilité est, ou devrait être, l’occasion de développer des forces d’actions nouvelles tissées de confiance.

 

● Quand un enfant a une attitude qui dérange, tâcher de ne pas crier. Au besoin, quitter la pièce, lui demander de la quitter ou le transporter sans brutalité dans une autre pièce. Ne pas céder face à cette attitude, mais une fois celle-ci changée elle doit aussitôt et complètement être oubliée.

 

● Quand un petit enfant en mord un autre ou par exemple le renverse, c'est la vie de relation qui s'expérimente. Ne pas dire « en bien » ou « en mal » ce qui se passe, mais nommer « en faits », c'est-à-dire essayer de dire avec des mots ce qui s'est passé d'agréable ou de désagréable, comme le préconisait Françoise Dolto. La parole juste sur le sens - à décoder - de ces comportements, les fait en principe disparaître.

Souvent, lorsque nous voyons un enfant en agresser un autre, c'est qu'il est intéressé, rendu curieux ou bien a envie de prendre un objet possédé par l'autre. De ce fait, un adulte peut dire à un enfant « Je suis en désaccord avec ce que tu as fait, mais je suis en accord avec ce que tu désires ». Tout est langage dans un comportement. En effet, les composantes non verbales sont le mode de communication privilégié par les jeunes enfants.

L'agressivité saine du petit enfant vis-à-vis des autres enfants, qui agresse sans faire mal, est donc à voir comme une recherche de prise de contact avec eux et non pas comme quelque chose de méchant. Le rôle de l'adulte est d'enseigner à l'enfant l'ajustement de sa force à la force de l'autre en face. Quand un enfant a été d'une façon motrice agresseur « trop fort », c'est un ajustement mal fait, mais ce n'est ni bien ni mal.

Par ailleurs, une des fonctions du jeu est de permettre à un enfant de tempérament violent d’extérioriser cette violence en jouant.

Cependant, si nous sommes témoins d’insultes, de manipulations, de violences physiques, d’exclusions ou d’humiliations, essayer de discerner l’origine, c'est-à-dire les mobiles souvent cachés, de ces comportements et de canaliser l’agressivité, tout en interdisant ces actes et en protégeant l’agressé lorsqu’il n’arrive pas lui-même à se défendre.

 

● Essayer de découvrir en quoi réside l’intérêt d’un enfant et l’aider à y répondre, car les besoins insatisfaits peuvent rester vivants dans l’inconscient et ressortir plus tard sous leur forme primordiale, ou plus souvent, sous une forme symbolique. Sermons et punitions n’atteignent pas le mobile inconscient responsable d’une conduite que nous désapprouvons.

 

● Selon Aletha Solter, le comportement violent provient d’une combinaison de souffrances accumulées, de décharge émotionnelle insuffisante et d’un modèle de violence (que ce soit par expérience directe ou par observation).

 

● L'enfant a le droit de ne pas partager ce qui lui appartient. Par contre, lui donner continuellement nos exemples de générosité. Si l’enfant est forcé à être toujours généreux, il ne sera probablement jamais altruiste.

 

● Lorsqu'un enfant utilise un matériel, les autres enfants doivent le lui laisser jusqu'à ce qu'il ait terminé.

 

● Quand un adulte souhaite qu'un enfant accomplisse une tâche, il doit lui expliquer les vraies raisons de sa demande et chercher son adhésion et/ou sa coopération.

Peu de choses doivent être défendues par rapport aux choses permises et l'enfant doit savoir que ce qui est défendu l'est avec raison, pour des raisons de prudence. Il doit arriver le plus tôt possible à agir prudemment sans aucune intervention adulte, c'est-à-dire à savoir apprécier ses propres limites, limites qui évoluent en fonction de sa maturité.

 

● Ne pas exiger de manières (s’il te plaît, merci, bonjour…), mais être attentifs quant à la façon (le ton, la forme) avec laquelle les enfants demandent des choses. Nous-mêmes, n'utiliser l'impératif que de manière exceptionnelle.

 

● Eviter de comparer les enfants entre eux et de donner en exemple un enfant à un autre.

 

● Lors des repas, laisser à l'enfant la liberté de manger ce qu'il veut, mais généralement sans lui faire de petits plats quand il ne mange pas ce qu'il y a à manger. Lui exprimer les raisons que nous avons de nous nourrir comme nous le faisons.

Inciter les enfants à se servir seuls du plat dans leur assiette, à se servir seuls à boire. Si possible, rien n'est gâché, jeté.

 

● Initier l'enfant au rangement : ranger en lui demandant de l'aide.

 

● Essayer d'éduquer les enfants sans punition ni récompense. L’abus de récompenses risque de former des enfants qui retirent peu ou pas de plaisir de leurs activités en l’absence de récompense ou de compliment. Une chose doit être faite pour elle-même, pas en vue d’une récompense. De plus, les louanges systématiques à l'enfant peuvent vouloir dire pour lui que son comportement n'était pas attendu.

 

4.4 Les risques

Nous protégeons les enfants des différents risques et nous leur apprenons à maîtriser ces risques: prises électriques, cuisinières, chutes, noyades, prendre froid, coup de soleil, insolation, se brûler, se couper, se blesser, se piquer, morsures d'animaux...

 

Le sentiment de sécurité, l'enfant l'acquiert si on le laisse libre au jour le jour de courir des risques à sa mesure, en veillant à ce que les risques qu'il court ne soient pas traumatisants, mais le mettent toujours devant un effort dont il sent avoir triomphé quand il y est arrivé.

 

Ainsi, nous les adultes devons tâcher de ne pas protéger les enfants des dangers qu'ils peuvent très bien gérer seuls, car si nous donnons à penser à l'enfant que c'est nous qui assurons sa sécurité, l'enfant nous laissera faire et ne prendra pas en charge le fait de veiller sur soi.

 

4.5 La sexualité

Une vie sexuelle épanouie offrant de grands plaisirs dans la vie et une sexualité mal vécue étant à la base d’un grand nombre d’attitudes négatives, il est souhaitable de ne pas réprimer la sexualité des enfants, comme le préconisait A.S. Neill.

Il s’agit donc de ne pas désapprouver, blâmer ou interdire l'intérêt de l'enfant pour la sexualité, en commençant par ne pas dériver l’attention de l’enfant en bas âge sur un autre objet lorsqu’il découvre son sexe et se met à le toucher. De même pour la masturbation, mais cette pratique ainsi que les autres actes sexuels doivent rester dans le domaine du privé.