Celles et ceux qui souhaitent approfondir sur le plan théorique le thème de la psychomotricité, trouveront dans le texte qui suit des idées issues de la lecture, faite par certains membres du Bizi Toki, du livre “La méthode Aucouturier” de Bernard Aucouturier.

 

La pratique psychomotrice éducative et préventive selon Bernard Aucouturier

 

Avant la station debout

Du 3 ou 4ème mois jusqu'à la sûreté de la station debout, il faut un dispositif spatial qui permette de mettre l'accent sur la liberté du mouvement, la conquête de l'espace vertical en toute sécurité (grâce à des barreaux verticaux et horizontaux pour que l'enfant puisse s'agripper et se hisser jusqu'à la station debout), le plaisir de l'action et de la transformation (prévoir pour cela un matériel simple, peu abondant, facile à prendre, à mordre, à jeter : anneaux, coussins, gobelets à encastrer, récipients pour se mettre dedans, tissus pour se cacher...).

Malgré l'autonomie du bébé, il est important qu'un adulte soit présent au milieu des enfants pour assurer leur sécurité affective et pour communiquer.

 

La pratique psychomotrice éducative et préventive

La pratique psychomotrice éducative et préventive est conçue comme un itinéraire de maturation favorisant le passage de l'enfant « du plaisir d'agir au plaisir de penser ».

 

1) Les angoisses archaïques de perte du corps et les jeux de réassurance

● Dès les premières heures de la vie, le nourrisson vit la peur de la chute, due à la perte du soutien qu'il avait dans le sac utérin, ainsi qu'à l'intensité de la pesanteur qui l'écrase et le précipite dans le vide. Le nourrisson a donc besoin de se sentir bien soutenu et enveloppé.

 

● Lors des trois ou quatre premiers mois, le nourrisson n'absorbe que des liquides et ce qu'il rejette est peu solide : de ce fait, il peut sembler au nourrisson d'être anéanti par un écoulement sans fin de sa substance interne, s'il ne retient pas ces éléments fluides à l'intérieur d'une enveloppe bien constituée.

 

● Les angoisses d'explosion : elles se manifestent autant par la crainte d'exploser soi-même que par la peur de tout ce qui peut exploser. Il existe aussi des angoisses d'écorchage et d'amputation lorsque la séparation avec la mère se fait sans aucune précaution.

 

● La frayeur de l'enfant d'être coupé en deux hémi-corps : elle vient notamment du fait que lorsque le nourrisson reçoit des soins, un côté de son corps reçoit plus d'attention, est plus gratifié de plaisir que l'autre côté. Aussi le bébé a-t-il la sensation de deux moitiés bien différenciées : une « moitié maman ou papa » et une « moitié bébé » qui seront réunies dans l'unité et pourront fonctionner en interdépendance. Chez l'enfant autiste, tout semble se passer comme si « la suture entre les deux moitiés » faisait défaut.

 

● Ces angoisses archaïques constituent la matrice des angoisses futures. Par exemple, l'angoisse de chute n'est-elle pas aussi l'angoisse d' « être laissé tombé » affectivement, d'être abandonné ? Les enfants qui vivent douloureusement la séparation avec la mère sont toujours paniqués face à la chute. De même, l'angoisse de castration renvoie à l'angoisse d'amputation et de morcellement du corps. Plus largement, toute l'angoisse existentielle d'un individu « mal dans sa peau » aurait ses racines dans un noyau d'angoisses archaïques.

 

● Les enfants en difficulté, ou qui ont des troubles de la représentation de soi, manifestent un degré d'angoisses archaïques qu'ils ne peuvent suffisamment assumer et dont ils ne peuvent se réassurer symboliquement par le plaisir des actions et des jeux de réassurance. En effet, la motricité est un moyen de réassurance contre les angoisses. Autrement dit, les enfants qui n'ont pas réussi à assumer suffisamment leurs angoisses archaïques et à créer des actions symboliques nécessaires à leur propre réassurance profonde manifestent une pathologie de l'action.

 

2) Les fantasmes d'action

Le nourrisson seul dans son lit, en proie aux douleurs dues à l'insatisfaction de ses besoins, reproduit des actions de suçotement similaires (mais non identiques) à celles que la mère lui a fait vivre : il s'imite lui-même. Il s'efforce, en mettant les doigts dans la bouche, de retrouver le plaisir des sensations de l'action de téter et le plaisir de l'unité duelle, c'est-à-dire qu'il reproduit une action qui lui a donné du plaisir autant qu'elle en a donné à la mère. Ces reproductions d'actions sont des systèmes d'attente de la satisfaction.

La reproduction de l'action est le pivot à partir duquel toute l'activité fantasmatique prendra son essor ; en effet, c'est à partir de cette reproduction que l'enfant se crée un désir d'action c'est-à-dire une représentation illusoire d'action et de plaisir qui le met en relation avec l'« objet » (l'« objet-mère ») et qui a pour conséquence d'apaiser momentanément les affres de l'absence de réponse de l'« objet ». Cette représentation illusoire d'action, destinée à leurrer la réalité, est un fantasme d'action qui permet à l'enfant vers le sixième mois de retrouver l'« objet » perdu et d'agir imaginairement sur celui-ci pour son plaisir et sa sécurité affective.

Le fantasme d'action est donc une représentation inconsciente d'action.

Cependant, le fantasme d'action naît d'une perte, il est donc toujours grevé d'une certaine insatisfaction car il est ce que l'enfant désire et qu'il n'a pas : le fantasme ne peut donc compenser totalement la perte de l'« objet », malgré son originalité réparatrice ; il engendre toujours un certain degré de manque psychique, un vide, à l'origine de ce qui fonde notre personnalité, nos créations successives et nos relations affectives.

Grâce à leur contention, les fantasmes d'action ne peuvent s'exprimer avec la violence qui les caractérise. Ils subissent une déperdition de leur énergie pulsionnelle et génèrent des actions symboliques qui assureront la continuité de l'« objet » en son absence et le plaisir de l'unité. Par contre, si les fantasmes d'action demeurent non contenus, à cause d'interrelations défectueuses avec autrui, ceux-ci vont s'exprimer sans limites par un comportement pulsionnel excessif ou par des troubles psychosomatiques dus à l'intensité des angoisses archaïques.

 

3) L'évolution des fantasmes d'action et les actions symboliques

● Lorsque le bébé mord sa mère, elle l'éloigne d'elle sans le culpabiliser : elle joue ensuite la morsure en faisant semblant de lui manger les mains ou les pieds. Cela procure beaucoup de plaisir à l'enfant, et a pour effet, dans une aire ludique, d'atténuer l'intensité pulsionnelle des fantasmes destructeurs en initiant ce dernier à la symbolisation de la morsure. L'enfant va reproduire ces morsures symboliques. Ainsi la mère permet à son enfant d'intégrer une culpabilité acceptable, qui génère un degré d'angoisse de perte de l'« objet » tout à fait assumable et qui est à la source d'une dynamique de recherche de processus de réassurance par rapport à cette angoisse. L'enfant va imaginer l'objet en son absence, et il va pouvoir accepter sa disparition sans être stressé et jouir d'autant mieux lors de sa réapparition.

La déculpabilisation des fantasmes de destruction facilite donc l'ouverture à la symbolisation : en effet, l'enfant devient capable de reproduire un acte à vide (mordre ou griffer ou frapper).

Toute symbolisation a une fonction de sécurisation par rapport à l'angoisse de perte.

 

● La motricité est la voie privilégiée d'expression des contenus inconscients que sont les fantasmes d'action.

 

● Il est souhaitable de montrer aux enfants que la « destruction » jouée, qui est l'expression sur le plan symbolique de fantasmes destructeurs, n'est pas dangereuse, et de montrer par notre attitude d'acceptation qu'il est possible de s'affranchir de la culpabilité du plaisir de détruire au bénéfice d'autres plaisirs comme ceux de partager les jeux, de créer avec les autres enfants et de communiquer.

Par exemple, la destruction répétée de murs de coussins ouvre spontanément l'enfant à un plaisir jubilatoire étonnant, facteur d'une évolution spectaculaire. Cette libération révèle le désir de jouer avec les autres enfants, de découvrir de nouveaux espaces, de vivre de nouvelles performances motrices : l'enfant propose des jeux à règles, des constructions très structurées ; il « grandit ». Elle révèle également à l'enfant que les coussins subsistent et qu'ils peuvent être réutilisés pour une nouvelle construction : c'est une preuve symbolique que les fantasmes destructeurs ne peuvent faire disparaître les objets.

 

Si nous souhaitons que l'enfant grandisse, il importe qu'il puisse dépasser les souffrances associées aux pulsions destructrices de l'objet d'amour.

 

Si on construit une tour avec des cubes, l'enfant d'environ un an la détruit violemment avec plaisir. En acceptant pleinement la destruction de la tour que nous avons construite et reconstruite, nous faisons vivre à l'enfant le plaisir de la répétition de la pulsionnalité destructrice. Mais de plus, lorsque l'enfant détruit la tour, il affirme face à l'adulte qu'il est différent de lui, il lui signifie « c'est moi qui suis là ». Si l'adulte construit une tour pour lui-même puis une pour l'enfant, ponctuant ces deux constructions par « celle-ci est à toi », « celle-là est à moi », cette mise en actes et en paroles confirme leur différence, ce qui a pour effet de satisfaire l'enfant et de suspendre son désir de détruire, car il est reconnu comme ayant son propre espace symbolique différent de celui de l'adulte.

 

● Le plaisir de l'identification à l'« objet » redouté est une étape importante du développement de l'enfant. Par exemple quand l'enfant est grondé par sa mère ou son père, il peut reproduire cette scène dans un jeu avec sa poupée. L'enfant s'approprie le rôle du parent et donne son rôle à la poupée. Cette identification à l'« objet » extérieur-agresseur dédramatise la situation et sécurise l'enfant. Il s'agit d'un mécanisme de réassurance inconscient, ce qui favorise l'évolution de la pulsionnalité destructrice.

 

● D'autres plaisirs :

Le plaisir de chuter : à partir d'environ 18 mois, les enfants jouent avec plaisir à tomber à plat ventre sur des coussins à partir d'une situation de course ou de la position debout arrêtée, d'autant plus que ce jeu a lieu en présence d'un adulte qui les sécurise.

 

Le plaisir de courir.

 

Le plaisir de se balancer : se balancer sur une balançoire, suspendu au bout d'une corde, sont des activités très recherchées par les enfants. Elles sont l'expression d'un fantasme d'action pendulaire, « osciller », issu de l'intériorisation, par enregistrement dans l'ensemble du système neurobiologique de l'enfant selon des processus biochimiques, électriques et hormonaux enregistrés dans le cerveau et dans la musculature, de la marche chaloupée de la mère au cours de la grossesse, ainsi que des bercements selon des rythmes et des amplitudes différents que les parents exercent sur le bébé pour le calmer ou l'endormir par exemple.

 

Le plaisir de sauter en profondeur : c'est l'expression du fantasme d'action de « voler », qui représente les actions intériorisées de soulèvement, de pose et de transport de l'enfant dans toutes les directions.

 

Le plaisir de tourner : par exemple les enfants apprécient beaucoup de se laisser aller à la giration sur les tourniquets ou dans les bras des adultes. C'est l'expression du fantasme d'action de « tourbillonner » qui anime toutes les activités giratoires répétées par les enfants et que les adultes retrouvent plus tard à travers la danse, les activités acrobatiques... et qui représente notamment la mobilisation du fœtus par tous les mouvements de la mère, puis sa mobilisation et son retournement en apesanteur dans l'utérus.

 

Le jeu de remplir-vider, par exemple des gobelets avec de l'eau ou du sable, des récipients avec des objets, est lui une symbolisation de l'absorption (d'aliments) et d'expulsion (des fèces).

 

4) Les fantasmes d'action et la génitalité

L'angoisse de castration (pour la fille l'angoisse d'avoir perdu l'appendice génital, pour le garçon l'angoisse de le perdre) induit des processus de réassurance bien différents chez la fille et le garçon. Les filles privilégient le jeu avec la poupée. Celui-ci est entretenu par une dimension culturelle (en offrant des poupées aux filles et des voitures aux garçons), mais il n'est pas seulement culturel, il est aussi un jeu d'identification à la mère et un jeu de réassurance lié à la castration qui s'appuie sur des mécanismes inconscients indépendants des cultures.

Quant aux garçons, ils privilégient les jeux d'omnipotence phallique et de puissance : les courses de voiture ou de cheval avec des coussins qui les symbolisent, qui occasionnent des accidents, des blessés, des transports en ambulance, des soins à l'hôpital... Lorsque ces jeux apparaissent il est souhaitable d'installer un hôpital. Il suffit de quelques manipulations et contacts médicaux, sous une forme jouée, pour soulager la blessure imaginaire de la « mutilation » et éviter que l'angoisse de castration ne soit trop présente. De même le garçon privilégie les jeux d'agression (le matériel est transformé en épée, en fusil...), de compétences physiques (courir le plus vite possible, sauter le plus haut possible, soulever ce qui est le plus lourd pour montrer sa force... sont autant de manifestations symboliques pour se réassurer de l'angoisse de la mutilation imaginaire du pénis).

La différence des jeux entre les filles et les garçons est assez évidente à partir de trois-quatre ans. Il s'agit bien entendu d'une tendance qui n'a rien de radical, car une fille peut très bien jouer à des jeux de garçon et/ou avec des garçons, et vice-versa.

 

5) La décentration

Piaget a insisté sur l'égocentrisme, au cours de la période qui va de 2 à 5/6 ans, comme étant un aspect fondamental de la pensée de l'enfant. L'action éducative a pour but de lui permettre de le vivre et surtout de le dépasser. Elle vise à aider l'enfant à sortir d'un système de références centré sur lui-même, pour se décentrer, c'est-à-dire dissocier ce que lui est et ce qui appartient au monde externe. La maturation de la décentration est progressive. Ce n'est que vers la 6/7ème année que l'enfant accédera à la pensée opératoire. Opérer, c'est sélectionner, comparer, associer... indépendamment des référents personnels.

 

6) Les objectifs de la pratique psychomotrice éducative et préventive

● Favoriser le développement de la fonction symbolique par le plaisir d'agir, de jouer et de créer.

● Favoriser le développement des processus de réassurance face aux angoisses à travers le plaisir de toutes les activités motrices (ces diverses angoisses préoccuperont beaucoup moins les enfants à partir de la septième année ; la pratique psychomotrice éducative trouvera donc son développement maximum jusqu'à l'âge de 6/7 ans.

● Favoriser le développement du processus de décentration permettant l'ouverture au plaisir de penser (indispensable au plaisir d'apprendre) et à la pensée opératoire.

 

Les formes ludiques de réassurance permettent à l'enfant de trouver lui-même les ressources symboliques pour réduire ses angoisses et d'éprouver un plaisir renouvelé qui lui donne l'énergie de vivre sans danger les frustrations que tout être humain doit surmonter.

Créer est pour l'enfant un « besoin » vital. Jouer, acte créateur, c'est mettre en forme les contenus inconscients que sont les fantasmes d'action ; le jeu est plaisir de la mise en scène des représentations inconscientes.

 

7) Séances de pratiques psychomotrice éducative et préventive

● Il est souhaitable que les enfants de moins de trois ans puissent bénéficier d'une séance journalière. Après cet âge, il est possible d'envisager deux ou trois séances hebdomadaires .

 

● Dix enfants pour un adulte constitue un effectif convenable.

 

● Si les conditions du lieu le permettent, il est souhaitable que les enfants évoluent les pieds nus (ou portent de légères chaussures en toile) et en short pour faciliter le mouvement.

 

● Retrouver le même dispositif et le même matériel à chaque séance est un facteur sécurisant.

 

● Le matériel de l'expressivité motrice : structures pour s'équilibrer, glisser ; deux coussins rectangulaires de 60x40x30 cm par enfant au minimum, des coussins cylindriques de 60x30 cm ; des matelas ; des tissus colorés de toutes les tailles utilisés comme rideaux, draps de lit, toit de maison, déguisement... ; des animaux en tissus ; des cordes ; un très grand sac en tissu de 4m de long pour s'y nicher ; des anneaux en bois ; des bâtons en bois utilisés comme armes de combat par les enfants capables de maîtriser leur pulsionnalité motrice ; des grandes caisses en bois pour se mettre dedans ou les remplir de différents objets...

 

● Il faut rappeler aux enfants que pour jouer des conditions doivent être respectées : on joue à faire semblant (on ne fait pas mal aux autres et l'on ne se fait pas mal) et on ne peut pas casser le matériel.

 

7.1) Les jeux symboliques de réassurance profonde

Ce sont des jeux de sécurisation contre l'angoisse, universels, indépendants des influences culturelles, se développant vers 6/8 mois, 2/3 ans, mais qui peuvent perdurer au-delà. Ils font référence à la peur de perdre la mère, à celle d'être détruit.

 

● Jouer à détruire : si l'angoisse de destruction reste obsédante, la pulsionnalité destructrice interdite risque en permanence d'envahir la vie psychique et de conduire l'enfant vers une mutilation du plaisir à communiquer, à créer et à penser.

Les enfants aiment démarrer la séance par la destruction collective des murs de coussin, des pyramides ou châteaux forts que les adultes ont construits auparavant pour eux. L'adulte joue avec humour l'interdiction de la destruction en offrant une relative résistance devant laquelle les enfants pourront triompher, et reconstruit. Repousser et exercer sa force sur l'adulte c'est désirer l'éloigner pour triompher de son emprise et affirmer son identité. Les enfants ne détruisent pas l'adulte, mais sa construction symbolique.

De plus, le plaisir de détruire soulage l'enfant de ses tensions toniques et de sa contention émotionnelle et ouvre celui-ci à une fluidité tonique.

 

● Jouer à s'envelopper dans un tissu: comme dans les bras qui nous portent, dans l'eau du bain...

 

● Jouer à se cacher : les enfants aiment jouer à se cacher pour que les adultes les cherchent. Il révèle toute la symbolique de la recherche de la présence et l'angoisse de l'absence. Par ce jeu l'enfant est sécurisé par la permanence de sentiments affectueux de la part d'autrui.

 

● Jouer à être poursuivi : être poursuivi pour vivre le plaisir d'être attrapé sans l'être est un moyen de se réassurer par rapport à l'angoisse de persécution due à l'emprise excessive de l'entourage. Lorsque l'enfant triomphe de son angoisse il fait la proposition de poursuivre à son tour l'adulte.

 

● Jouer à s'identifier à l'agresseur : l'inversion des rôles (être poursuivi, puis poursuivre) est la preuve que l'enfant a acquis confiance en lui : il est capable de jouer l'agresseur, le loup, le vampire... en dédramatisant ainsi la peur d'avoir été agressé.

 

7.2) Les jeux symboliques de réassurance superficielle

Les jeux symboliques de réassurance profonde laissent progressivement la place à des jeux symboliques de réassurance superficielle. Ceux-ci permettent à l'enfant de se réassurer par rapport à l'angoisse de castration ainsi que par rapport à des conflits mineurs avec les parents. Ce sont tous les jeux du « comme si » ou du « faire semblant » : jouer à faire comme maman ou comme papa, jouer à faire la cuisine, au bébé, au bricolage, au docteur...

Le jeu symbolique n'est pas nécessairement un signe d'évolution de l'enfant. Il n'y a que l'explosion émotionnelle de l'expressivité motrice qui fasse changer l'enfant. Le jeu symbolique est un passage que nous impose l'enfant : il ne faut pas nous y attarder, ni l'entretenir.

 

Le jeu de construction selon Bernard Aucouturier

● Piaget a insisté sur l'intérêt des jeux de construction dans le développement des capacités à symboliser. Ces jeux sont, à son avis, beaucoup plus élaborés que les jeux symboliques de réassurance superficielle qui ne constituent pas le moyen privilégié pour faire évoluer la compétence à symboliser.

 

● Après une période de construction individuelle, les enfants se groupent spontanément pour une réalisation collective, ce qui est très intéressant.

 

● Matériel de construction en bois non coloré pour éloigner les paramètres sensoriels et esthétiques, afin que les enfants ne se préoccupent que de la forme et des dimensions pour induire des choix de pièces de bois plus cognitifs que sensoriels.

 

● Détruire sa propre construction ou celle des autres n'est ici pas permis (contrairement aux destructions lors des séances de psychomotricité), seul le démontage est possible.

 

● Les garçons à partir de trois-quatre ans privilégient les constructions érigées (qui peuvent se comprendre comme une compensation phallique de la mutilation imaginaire, et qui auraient donc un lien avec l'identification inconsciente à l'image masculine), alors que les filles privilégient le dessin sur la feuille et à l'horizontale.

 

● Les enfants aiment construire des circuits pour faire rouler des billes.

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