8. Les stades de développement

Plan de cette partie :

 

Introduction : Les stades de développement selon Jean Piaget

8.1 Les enfants de zéro à environ 2 ans

L 'allaitement

Le portage du bébé

De l'observation à la participation

Les massages du bébé

L'apprentissage du langage oral selon David A. Sousa

8.2 Les enfants d'environ 2 à 7 ans

Caractéristiques des activités

L'apprentissage du langage écrit et de l'écriture

L'apprentissage des langues

L’apprentissage des mathématiques

8.3 Les enfants des stades de développement suivants

 

 

Introduction : Les stades de développement selon Jean Piaget

Selon Jean Piaget, il est souhaitable de répartir les enfants en fonction des grands stades de leur développement: environ 0-2 ans (stade sensori-moteur), environ 2-7 ans (période préopératoire: apparition du langage, du jeu symbolique, du dessin...), environ 7-12 ans (stade des opérations concrètes), environ 12-15 ans (stade des opérations formelles) et environ 15-18 ans. Ils doivent être répartis dans un espace spécifique pour chaque groupe, mais des activités doivent également être réalisées entre enfants de stades de développement différents.

L'enfant apprend en interaction avec des enfants d'âges différents qui sont au même niveau de progression dans l'apprentissage. Parallèlement, il peut bénéficier de l'aide d’enfants se trouvant à un niveau plus avancé dans l'apprentissage, ou renforcer ses propres connaissances en aidant des enfants se trouvant à un niveau moins avancé dans l'apprentissage.

De cette façon, l'apprentissage n'est pas uniforme à une classe d'âge, les enfants n'apprennent pas tous les mêmes choses au même âge et au même moment, chacun évoluant à son rythme selon ses besoins et ses motivations.

 

8.1 Les enfants de zéro à environ 2 ans

L 'allaitement

L'allaitement maternel est inscrit dans la biologie de l'espèce humaine. En plus d'être une expérience unique qui est source de sécurité, de tendresse et de plaisir, l'allaitement donne aussi le meilleur aliment.

Les bienfaits de l'allaitement ne sont plus à prouver. Le lait maternel a une composition parfaitement adaptée aux besoins du petit humain. Il a également une fonction de protection contre de nombreuses agressions grâce aux très nombreux facteurs de défense qu'il contient (particulièrement concentrés dans le colostrum). Le sein est, en effet, capable de synthétiser et sécréter quotidiennement une quantité considérable d'anticorps et d'éléments nutritifs de très haute qualité en s'adaptant selon l'âge de l'enfant, les jours, le moment de la journée et même en cours de tétée.

 

Le portage du bébé

Pendant des centaines de milliers d'années, les nouveau-nés sont toujours restés dès leur naissance au contact du corps de leur mère, portés par celle-ci pendant plusieurs mois.

Le fait d'être tenu contre un corps vivant donne au bébé une sensation sécurisante. Par exemple il entend les battements de cœur de sa mère, qui sont le lien constant, la rassurante continuité après son séjour dans l'utérus.

En effet, à la naissance, le nouveau-né est plongé d’un instant à l’autre dans un bouleversement sensorimoteur: par exemple il passe d’un milieu aquatique, presque en apesanteur, où il était enveloppé, soutenu en continu, à un milieu aérien. De ce fait, on peut notamment imaginer le vide autour de lui et la pesanteur qui l’écrase, ou la douleur de l’extension et de la flexion des membres qui ont perdu la résistance du liquide amniotique et celle des parois du sac utérin.

 

Selon Jean Liedloff les bébés portés sont là où ils ont besoin d'être, c'est-à-dire en contact physique avec leur mère ou leur père ou un autre adulte; et cela n'empêche pas ces adultes d'être aussi là où ils ont besoin d'être, avec leurs pairs, occupés à leurs activités d'adultes.

Le bébé aime être l'objet d'une attention directe, il aime qu'on l'embrasse, qu'on le caresse... Mais son occupation principale consiste à être spectateur, témoin des comportements, des rencontres et de l'environnement de la personne qui le porte.

Ainsi, dès sa naissance, le bébé est emmené partout et même endormi il s'habitue aux voix des gens de son environnement, aux sons de leurs activités, aux secousses, aux mouvements et aux arrêts, aux pressions sur différentes parties de son corps...

Durant cette phase, le bébé apprend à quoi ressemble la vie; il vit des expériences nombreuses et diverses, qui le préparent à prendre sa place parmi ses semblables.

Le bébé est donc très souvent en contact avec un adulte, mais rarement le centre d'attention. En fait c'est le bébé qui centre son attention sur un adulte lui-même centré sur ses activités d'adulte.

 

De l'observation à la participation

Lorsque le bébé commence à se déplacer par lui-même et à s'éloigner de l'adulte qui le porte, celui-ci vaque à ses occupations et il est important, comme le dit Jean Liedloff, de ne pas constamment river son regard sur le bébé. L'adulte est réceptif et disponible lorsque le bébé revient vers lui, mais évite de prendre l'initiative des contacts. La constance et la disponibilité de l'adulte donnent à l'enfant toute son assurance pour explorer le monde.

Les enfants passent ainsi de l'observation à la participation. Leur impulsion à vouloir imiter les enfants plus âgés et les adultes se manifeste inévitablement. Il s'agit donc pour nous de tirer profit de la tendance des enfants à imiter et à exercer leurs aptitudes spontanément, en leur donnant la possibilité de participer à leur niveau aux activités réalisées par les enfants plus âgés et les adultes.

 

Les massages du bébé

Les 4 catégories principales de bienfaits du massage pour le bébé sont:

1) l'interaction: le lien d'attachement sécurisé, la communication verbale et non verbale, un moment privilégié de qualité en face à face, des compétences de communication pré-langagière, l'utilisation de tous les organes des sens dont le toucher nourrissant, le contact précoce avec les deux parents...

2) la stimulation: des systèmes respiratoire, digestif et nerveux, du système vestibulaire (la coordination et l'équilibre), du développement du langage, du tonus musculaire et des muscles, de la croissance, de la conscience corporelle...

3) le soulagement peut aider: les flatulences, les coliques, la constipation et l'élimination, les crampes gastro-intestinales (digestion), les douleurs liées à la croissance, les tensions musculaires, les douleurs liées à la poussée des dents, les tensions physiques et psychologiques, à assouplir la peau...

4) la relaxation peut être démontrée par: un meilleur rythme circadien (sommeil), une normalisation du tonus musculaire, la régulation des états de conscience en étant plus calme, l'amélioration de la capacité à s'auto-calmer (autorégulation), la réduction du niveau de stress, la diminution de l'hyperactivité...

 

L'apprentissage du langage oral selon David A. Sousa

L'enfant n'apprend pas à parler seulement par imitation; il construit le langage à partir de l'interaction avec l'adulte.

L'acquisition du vocabulaire et la construction de phrases par les enfants est stimulée à travers l’interaction orale et la reformulation. Il faut être vigilant à la syntaxe (ordre des mots) des phrases incorrectes des enfants apprenant à s’exprimer. (En savoir plus).

 

Pour répondre aux besoins des enfants de zéro à environ 2 ans, il est pour nous fondamental, comme nous le disions dans les principes de fonctionnement du Bizi Toki, que tout d'abord au moins leur mère, puis leur mère et/ou leur père, reste avec eux dans le lieu de vie, et que s'ils ne le peuvent pas, les membres du Bizi Toki cherchions une solution pour rendre cela possible.

 

8.2 Les enfants d'environ 2 à 7 ans

Caractéristiques des activités

L'enfant formant très tôt son sens moral et sa personnalité en partie en imitant naturellement nos gestes, nos attitudes, nos comportements et ceux des enfants avec lesquels il vit, nous attachons de l'importance à l'exemple que nous donnons. La parole n'a de poids que dans la mesure où elle s'harmonise avec l'exemple.

 

Voici certaines caractéristiques qu’il est intéressant qu’aient les activités proposées aux enfants de cette tranche d’âge:

 

● Autant que possible, mettre tout ce que l'enfant ne doit pas toucher hors de portée, car rien n'est plus paralysant pour un enfant que de côtoyer constamment des objets tentateurs auxquels il est défendu de toucher. Ainsi, lui permettre de toucher le plus possible autour de lui.

 

L'enfant arrivant dans un monde où tout est mystère pour lui, où il a tout à explorer, lui permettre l'expérience tâtonnée dans tous les domaines, comme le faisait Célestin Freinet.

La joie de l’enfant vient souvent d’une difficulté vaincue, d’un but atteint, d’un mystère percé à jour, du fait de se sentir indépendant.

 

L'enfant doit pouvoir passer lorsqu'il le souhaite d'une expérience à une autre, abandonner une activité pour laquelle son intérêt s’évanouit pour une autre. Dans le cas où l’activité est collective, essayer de faire prendre conscience à l’enfant que l’abandon de l’activité peut avoir des répercussions sur le groupe.

 

On croit avoir compris l'expérience dont on a été témoin, mais on s'aperçoit à l'usage qu'on n'est vraiment pénétré que par notre propre expérience. Donc permettre, faciliter et organiser l'expérience tâtonnée de l'enfant, afin qu'il éprouve le maximum de choses par lui-même. Exception faite bien sûr pour les expériences qui risquent d'être dangereuses pour lui.

Cependant, dans la mesure où dans ses tâtonnements l'enfant tend à imprégner et enrichir de l'expérience d'autrui sa propre existence, son expérience doit être confrontée avec l'expérience et la technique d'autres enfants et adultes.

 

Le processus de l'expérience tâtonnée est accéléré par la prise en main progressive d'outils.

 

Laisser autant que faire se peut le jeune enfant se baigner longuement dans la vie de la nature pour cette formation à base d'expériences. Les activités et les expériences doivent avoir lieu souvent à l’extérieur.

En ville il est nécessaire de réaliser au maximum un milieu suffisamment vaste et riche pour compenser, dans la plus large mesure possible, la nature absente.

 

Tâcher de donner la possibilité aux enfants d'apporter des soins à toute sorte d'être vivants.

 

● Selon Célestin Freinet, les caractéristiques des activités proposées aux enfants de cette tranche d'âge doivent notamment être: matériel et technique qui permettent d'arriver presque immédiatement à un but tangible (qui permettent de voir et sentir sans retard le résultat de l'activité); but poursuivi parfaitement compris et à la mesure de leurs possibilités physiques et mentales; avancement facilement mesurable; autonomie relative dans la réalisation; approbation sans jugement de ceux qui les entourent. Ces activités permettent une grande amplitude de réactions (agitation-calme, émotion-apaisement, fatigue-repos, peur-assurance, risque-victoire).

 

● Le développement des sens, selon Maria Montessori, permet l'enrichissement des perceptions.

Les sens se développant grâce à la stimulation et le défaut d'expériences sensorielles précoces limitant nos capacités futures (l'éducation sensorielle étant difficile chez l'adulte), donner à l'enfant du matériel qui aiguise le toucher, l'ouïe, l'odorat et le goût.

Présenter ainsi aux enfants des stimulants sensoriels exposés à leur libre choix, puis les laisser autant que faire se peut agir seuls.

En multipliant les sensations et en développant la capacité à apprécier les plus infimes différences entre les stimulants, la sensibilité s'affine.

Pour l'éducation sensorielle il est possible d'isoler le sens à exercer, par exemple en soustrayant l'enfant aux impressions visuelles s'il doit constater des différences tactiles.

 

L'apprentissage du langage écrit et de l'écriture

Nous avons un espace pour l'apprentissage et la pratique des langues, de la lecture, de l'écriture et de l'usage de l'ordinateur. Les enfants en bas âge y observent régulièrement des enfants plus âgés et des adultes en train d’y réaliser ces apprentissages ou ces activités. Le besoin d'imiter les plus âgés les pousse eux-aussi à apprendre tout cela. Nous leur proposons alors des activités adaptés à leurs besoins. (En savoir plus).

 

L'apprentissage des langues

Nous considérons l'apprentissage des langues comme un moyen de pénétrer dans la spécificité et l'histoire d'une langue et d'approcher ainsi d'un peu plus près les gens qui la parlent et leur culture.

 

Au Bizi Toki, afin de favoriser l'apprentissage linguistique, nous tâchons de réaliser des activités en castillan, en anglais…

Un adulte parle en une seule langue à un enfant, afin que celui-ci identifie cet adulte à cette langue et sache que cette personne s'adressera à lui dans cette langue.

 

L’apprentissage des mathématiques

1) Quelques principes pédagogiques

Intérêt de l’enfant pour le nombre et la catégorisation

Dans la construction des notions relatives aux aspects quantitatifs des objets, c'est-à-dire le nombre (base des mathématiques) et aux aspects qualitatifs (selon les formes, les couleurs, les fonctions...), c'est-à-dire la catégorisation (base des taxinomies et classifications), la spontanéité et l'intérêt de l'enfant jouent un rôle décisif.

Dès le début, le nombre et la catégorisation sont utilisés dans des situations où ils ont un sens et constituent le moyen le plus efficace pour parvenir au but (par exemple pour déterminer la taille d'un enfant).

 

Exploration des concepts par les sens

Il est intéressant de donner à l'enfant la possibilité d'explorer les concepts des mathématiques par ses sens avant d'aborder l'abstraction, comme le faisait Maria Montessori. Dans l'apprentissage de l'arithmétique, intervient ainsi le mouvement de la main qui déplace des objets. L'enfant appréhende certains concepts de la géométrie en trois dimensions avant de le faire en deux dimensions.

 

La résolution de problèmes

Selon les professeurs qui ont réalisés les fichiers Cap Maths pour l’apprentissage des mathématiques, une des priorités est la résolution de problèmes.

 

C’est à sa capacité à utiliser de façon autonome ce qu’il sait pour venir à bout d’un problème qu’on reconnaît véritablement qu’un enfant maîtrise ce qu’il a appris. Pour cela, l’enfant doit être placé en situation de déterminer lui-même ce qui est utile pour résoudre un problème. Car si le problème vient toujours en application immédiate des connaissances étudiées, l’enfant n’est plus autonome dans la résolution.

La résolution de problèmes peut également permettre d’acquérir de nouvelles connaissances.

Dans tous les cas elle permet de développer les capacités à chercher (exploiter des informations, explorer des pistes…), à abstraire et à raisonner (notamment à déduire), bref de développer une pensée logique. Des jeux comme Master-mind, Reversi, Puissance quatre, dames, échecs, tangram, casse-tête… permettent également le développement des capacités d’organisation et de déduction.

 

Plusieurs modes de résolution corrects des situations-problèmes étant souvent possibles, il convient de donner à l’enfant la possibilité de traiter une question en utilisant les moyens qui correspondent le mieux à sa compréhension de la situation et aux connaissances qu’il est capable de mobiliser. A partir de là, on peut amener l’enfant à faire évoluer son mode de résolution vers des modes plus élaborés.

 

2) Repères pour organiser la progressivité des apprentissages

Pour organiser la progressivité des apprentissages, nous nous référons aux repères fournis par les programmes officiels.

 

8.3 Les enfants des stades de développement suivants

Les enfants participant à ce jour aux activités du Bizi Toki ont moins de six ans. Aussi, nous n'avons pas encore développé la réflexion sur les activités à réaliser avec les enfants des stades de développement suivants.